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Libre opinion : Noël, une fête d’origine païenne ?

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noelCélébrer Noël le 25 décembre, une date jadis réservée aux cultes païens, n’est-ce pas spolier cette fête de son caractère sacré ?

1. Attention à la lecture fondamentaliste de la Bible !

Il est désormais une évidence qu’à Noël, les chrétiens ne ménagent aucun effort pour célébrer la naissance du Sauveur. Mais certaines sectes dites chrétiennes se refusent à festoyer pour la circonstance. Ces sectes qui renoncent à fêter Noël sous prétexte que c’est une fête d’origine païenne, sont celles qui s’adonnent à une lecture fondamentaliste de la Bible.

Elles s’appliquent à interpréter la Bible de manière strictement littérale. Elles ne tiennent compte ni du contexte historique dans lequel baignent les Saintes Ecritures ni du bagage culturel de ceux qui ont rédigé ces textes sacrés. Puisqu’elles ne prennent pour vrai que ce qui est dit littéralement dans la Bible, la fête de Noël n’a pas droit de cité pour elles.

 

Un jour dans une conversation, un Monsieur me défia de lui montrer le verset biblique qui recommande aux chrétiens de fêter Noël. Trouvant sa question suffisamment spécieuse pour être pertinente, j’ai cru bon de lui répondre simplement en ces termes :  «Pouvez-vous me trouver aussi un verset biblique qui déconseille la fête de Noël !» C’était juste une façon de l’aider à comprendre qu’il est tout à fait absurde de se borner à la seule observance de ce qui est prescrit littéralement dans la Bible.

 

2. Le mot Noël existe-t-il dans la Bible ?

Certains s’évertuent à justifier l’emploi du mot Noël à partir de la Bible. Ils recourent plus particulièrement au texte de Luc 2,11 dans la version latine de Saint Jérôme. Suivant leurs explications, le mot Noël est formé à partir des lettres de cette phrase : Natus est vobis Emmanuhel (Il est né pour vous Emmanuel). Ainsi, N de Noël provient de Natus, O de vobis, E et L de Emmanuhel. Le mot Noël signifierait donc "il est né pour vous Emmanuel". Cette explication, qui prête au mot Noël un sens qui lui correspond parfaitement, recèle cependant quelques lacunes. D’abord, la version latine de Luc 2,11 fait mention non pas d’Emmanuhel mais de salvator (sauveur). En plus, l’intention de Luc dans ce passage n’est certainement pas celle de nous offrir une définition de Noël. La préoccupation de l’évangéliste est plutôt ailleurs : il voudrait juste nous relater l’événement de la naissance du Sauveur.

 

Quant au mot qui désigne cet événement, à savoir Noël, c’est l’histoire qui le forgera plus tard. Bref, expliquer le mot Noël à partir de la version latine de Luc 2,11 est une gymnastique intellectuelle à laquelle s’adonnent ceux qui sont habités par la passion de tout justifier à partir de la Parole de Dieu. Pour être beaucoup plus objectif, il convient d’expliquer le mot Noël partant de son évolution historique. Aux origines, on désignait la fête de la naissance du Sauveur en ces termes : «Festum Nativitatis Domini Nostri Jesu Christi» c’est-à-dire Fête de la Naissance de notre Seigneur Jésus-Christ. Peu après, on commença à désigner la même fête par une dénomination abrégée : «Dies Natalis Domini» ou Jour de Naissance du Seigneur. Plus tard, l’expression «Dies Natalis Domini» disparaîtra au profit d’une forme beaucoup plus abrégée : Natalis ou Naissance. Ce mot prendra différentes formes dans les langues européennes : Natale en italien, Navidad en Espagnol, Natal en portugais et Nadal dans le midi de la France. Puis, plus tard, Noël en français.
En définitive, le mot Noël provient de Natalis et signifie naissance. Bien que ce mot ne figure pas dans la Bible, on y trouve cependant l’événement que célèbre la fête de Noël, notamment dans les évangiles de Matthieu et Luc (cf. Mt 2 ; Lc 2).

3. A propos des fêtes bibliques de Lévitique 23

 

En guise d’argument contre la fête de Noël, certaines sectes brandissent Lévitique 23 où Dieu prescrit à Moïse les «fêtes du Seigneur» à célébrer en Israël : le Sabbat, la Pâque et les Pains sans levain, la fête des Prémices, la fête des Semaines ou de la Moisson (Pentecôte), Nouvel an (Rosh Hashanah), Jour du grand pardon (Yom kippur) et la fête des Tabernacles ou des Tentes (Sukkôt). Il convient de préciser que cette liste, promulguée à un moment donné de l’histoire d’Israël, n’est pas exhaustive. En effet, les juifs eux-mêmes célèbrent, jusqu’à ce jour, d’autres fêtes qui ne figurent pas sur cette liste. C’est le cas de la fête de Sorts (Pourim) (cf. Est 9,20-32). Bien plus, Jésus lui-même a célébré la fête de la Dédicace (Hannukah) (cf. 1 M 4,36-59 ; 2 M 10,6 ; Jn 10,22-23) qui n’est pas énumérée en Lévitique 23. Cela montre qu’aussi bien pour les juifs que pour Jésus, la liste des fêtes de Lévitique 23 n’est pas exhaustive. Le chrétien, disciple du Christ, n’a donc pas à s’en tenir littéralement à ce qui est prescrit en Lévitique 23.

4. Pourquoi célébrer Noël le 25 décembre ?

Les évangiles ne disent rien sur la date de naissance de Jésus. Cela s’explique par le fait que les premiers chrétiens, touchés surtout par la Passion et la Résurrection de notre Seigneur, ne s’intéressaient pas dans un premier temps, à la naissance de Jésus comme tel. C’est pourquoi l’évangile le plus ancien, celui de Marc, ne fait allusion ni à la naissance ni à l’enfance de Jésus. Les évangiles de Matthieu et de Luc, qui mentionnent les événements relatifs à la naissance du Sauveur, ont certainement vu le jour à une époque postérieure où les chrétiens commençaient à s’interroger sur le lieu et les circonstances de la naissance du Sauveur.

 

Mais puisque ces deux évangiles ne situent pas cet événement à une date précise, les chrétiens des premiers siècles ont choisi la date du 25 décembre. Dans d’autres milieux occidentaux, cette date coïncidait avec le culte de Mithra qui consistait à offrir un taureau au jeune dieu Soleil. A Rome, on célébrait, dans la nuit du 24 au 25 décembre, la fête du Soleil invincible (Sol Invictus). Pour contourner la tentation de s’adonner à ces cultes païens, les chrétiens ont choisi de célébrer, le même jour, la naissance de Jésus, Soleil de justice et lumière du monde (cf. Lc 1,78 ; Jn 8,12).
Il convient d’apprécier, à travers ce choix, le courage de ces chrétiens. Alors que le 25 décembre la majorité se livrait au culte de Mithra, les chrétiens ont choisi de faire la différence. Ils ont décidé de célébrer, le même jour, la naissance de Jésus. Leur attitude dénote un refus sincère d’observer les pratiques païennes de l’époque.

5. La Bible et la culture païenne

 

En célébrant l’incarnation du Christ en cette date destinée aux cultes païens, n’a-t-on pas spolié cet événement de son caractère sacré ? Pour ce qui est de la Bible, une lecture historico-critique des récits bibliques révèle que les auteurs de l’Ancien Testament avaient puisé eux aussi dans la culture païenne du Moyen Orient antique. On note par exemple des ressemblances profondes entre l’épopée sumérienne de Gilgamesh rédigé vers 2000 av. J.C. et le récit de la chute de l’homme en Genèse 3, rédigé vers VIIIè siècle av. J.C. Il existe également une grande ressemblance entre le nom du dieu cananéen El et Elohim de l’Ancien Testament… Bref, la Bible côtoie la culture païenne tout en conservant son statut de "Parole de Dieu".

Bien que les auteurs de l’Ancien Testament aient puisé dans la littérature païenne, ce n’est pas pour autant qu’ils ont désacralisé la Parole de Dieu. Ils ont tout simplement intégré dans leur foi certains récits d’origine païenne, qu’ils estimaient édifiants pour leur peuple élu, tout en leur attribuant des connotations propres à la religion juive. C’est dans ce sens qu’il faudrait comprendre la démarche des chrétiens du IVème siècle de notre ère par rapport à la fête de Noël. Eux qui vivaient au milieu d’une culture païenne toute puissante à l’époque, ont cru bon de procéder comme les auteurs de l’Ancien Testament. Ils ont christianisé la date du 25 décembre, jadis destinée au culte de Mithra, en faisant de cette date le grand jour de la célébration de la Nativité du Seigneur.

Se refuser à fêter Noël sous prétexte que le 25 décembre était une date consacrée aux cultes des dieux païens s’avère un argument dangereux pour la foi. En poussant cette logique jusqu’au bout, on court le risque de sous-estimer certains récits bibliques rédigés au creuset des épopées et des mythes païens de la Mésopotamie.

Roger Wawa


 

 

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