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Recompositions dans la diaspora

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Recompositions dans la diaspora

Il va sans dire que le contexte économique et surtout politique, depuis les années 1990, favorise plutôt des courants d’émigration, où les pays limitrophes servent souvent comme zones de transit vers les pays occidentaux avec des préférences pour les Etats-Unis, le Canada, l’Allemagne et la Belgique, la France étant moins attractive au regard de son soutien à la dictature bandite.

Combien de Togolais sont-ils dans la diaspora ? Une estimation raisonnable les situerait entre 500 000 et 900 000 au regard de la taille démographique du pays, laquelle n’a été pas mesurée depuis 1980. Comme leurs compatriotes de l’intérieur, ils se sont regroupés à travers de nombreuses organisations et structures parmi lesquelles il n’est pas aisé en l’état actuel de faire la part entre les farfelues et les sérieuses.

En toute honnêteté, que faut-il penser de ces sigles fantomatiques qui apparaissent et disparaissent au bas de tels communiqués, appels et lettres adressées à telles personnalités politiques sans lendemain ? Ainsi se bousculent les CREAT (Cercle de réflexion de d’action pour le Togo) qui serait basé à Poitiers, les FART (Front armé révolutionnaire du Togo) à Bangui, les BRAT (Branche armée pour la révolution togolaise) aux Etats-Unis, les NORAT (Nouvel observatoire des réalités africaines et togolaises), les Sopi-Togo à Dakar, les JTA (Jeunesse togolaise en action) toujours dans la même ville, les NGO (Nouvelle génération de l’opposition) à Montréal, les CTSD (Comité togolais pour la survie de la démocratie) à Lund en Suède, les GAL-Togo (Groupe d’action pour la liberté) à Waren-Müritz en Allemagne, les CLIP au Canada (Collectif de libération inconditionnelle des prévenus) regroupant la CPTO (Communauté patriotique des Togolais) à Omaha, aux Etats-Unis, La Dynamique (Dynamique révolutionnaire de la jeunesse togolaise) au Canada, la MOTADE (Mouvement togolais pour l’accélération de la démocratie) aux Etats-Unis, la NDP au Togo et le CREAT ; et autres FRPS (Force radicale pour le salut) à Washington, etc. On est songeur, sinon en plein “ déparler ” (selon le lexique Edouard Glissant), à la lecture de certaines de leurs proses comme celles notamment de la BRAT ou du FART, rappelant par ailleurs celles du GOLT (Groupe des officiers libres du Togo) ou du CONREVTO (Comité révolutionnaire du Togo), lesquelles donnent plutôt l’impression de n’avoir pas pris toute la mesure du drame qui se joue dans leur pays.

Dans le paysage à sigles tonitruants, probablement sans consistance dans la réalité, existent tout de même des associations et organisations qui se distinguent par leur travail. Malgré la crise interne qu’elle traverse avec la récente démission de son président, Paul Yao Assogba, la DIASTODE (Diaspora togolaise pour la démocratie et le développement) semble être de celles-là. Mise sur pied en mai 1995 par des Togolais de l’étranger (Allemagne, Angleterre, Antilles, Belgique, Bénin, Burkina Faso, Canada, Côte d'Ivoire, États-Unis, France, Suisse), elle est un réseau “ afin de mobiliser tous les compatriotes de la Diaspora et d'appuyer la lutte que mènent les forces démocratiques internes pour l'avènement de la démocratie et de l'État de droit au Togo ”. Conformément à ses objectifs, elle apporte son soutien aux forces en lutte pour la démocratie au Togo telle que la CNSC avec laquelle elle a lancé la radio clandestine “ Radio Togo Libre ”, anime un site Internet, l’un des plus visité, organise régulièrement des activités de sensibilisation de l’opinion du pays d’accueil.
Si la diaspora togolaise en Amérique est articulée autour de la puissante CTC (Communauté togolaise au Canada) qui fait l’essentiel du travail de mobilisation, sa consœur d’Europe peine à s’organiser, manquant probablement d’une ossature analogue, alors même que sont constamment lancés des appels à la création d’une sorte d’internationale de la diaspora togolaise. En Belgique, Diastode peut compter sur le personnage multicarte qu’est Eloi Koussawo au sein de la population immigrée africaine et togolaise pour y créer sa section, alors qu’on voit mal Diastode-France naître un jour pour diverses raisons liées à l’absence ou au trop-plein de personnes-ressources difficiles à mettre ensemble autour d’une table. L’entente n’est pas des meilleures entre le CTR (Comité togolais pour la résistance) de Isidore Latzoo et les différents protagonistes. Alors que la France est le pays qui compte la plus forte diaspora togolaise en Occident, elle est aussi le pays où elle est peu visible, mal organisée, en tout cas dont la solidarité avec la lutte démocratique au pays est inversement proportionnelle à son importance numérique. Aussi, un mouvement comme l’emblématique M05 (Mouvement patriotique du 5 octobre [1990]) né au lendemain des premières manifestations contre la dictature bandite est plus repérable en Hollande et surtout en Belgique, autour de Eloi Koussawo, qu’en France.
C’est que les jeunes, qui avaient animé les demandes démocratiques sur les barricades au début des années 1990, se sont pratiquement tous exilés dans des pays occidentaux autres que la France.(…)

25 Novembre 2003

Comi M. Toulabor

Directeur de recherche FNSP

CEAN-IEP de Bordeaux

 

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