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Audiences spéciales de la CVJR : Edem Kodjo donne le récit de l’attaque de la primature en décembre 1991 et du carnage de la place Fréau jardin

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edem_kodjoDeux fois premier ministre de la République togolaise (1994 - 1996 ; 2005 - 2006), Ex Secrétaire général de l’Organisation de l’unité africaine actuelle Union africaine, (1978-1983), Edouard Edem Kodjo s’est plié lui aussi à l’exercice de relation du pan de l’histoire sociopolitique qu’il maitrise de son pays, devant la Commission vérité, justice et réconciliation (CVJR).

Dans le cadre de ce qu’elle dénomme « les audiences spéciales », cette institution présidée par Mgr Barrigah Nicodème, depuis la semaine dernière diffuse en effet par voie de radios et télévisions togolaises, des témoignages de certaines figures politiques importantes de notre pays. Le pan de vérité, sinon la part de vérité de M. Kodjo touche plusieurs événements douloureux de notre histoire. De l’attaque de la primature à la séquestration des membres du Haut conseil de la République (HCR), en passant par la tragédie innommable du 25 janvier 1993 à la place Fréau jardin. Intéressons au premier et dernier sujet.

 

« Cette attaque, narre le premier ministre Edem Kodjo, est peut-être la conséquence d'un certain nombre de débats au haut conseil de la République, conséquence aussi de la façon dont l'action gouvernementale se déployait, le fait entre autres qu'on n'a pas eu le courage de mettre au sein de ce gouvernement, des ministres représentants le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), tout cela a créé une situation de confusion et de difficulté sans nom. Le premier ministre, notre frère Joseph Kokou Koffigoh s'est trouvé en difficulté avec les siens propres. J'ai bonne souvenance qu'à la veille ou l'avant veille de cette attaque de la primature, nous leaders des partis politiques, étions passés le voir et notre frère Ayéva Zarifou qui avait toujours les informations de premières mains nous laissait entendre que les choses se compliquaient et qu'il n'était pas certain que cette expérience allait durer. Nous étions allés voir Me Koffigoh pour parler avec lui bien que déjà en notre sein il y en avait qui trouvaient que le premier ministre était plus soucieux de son avenir que de l'Etat. C’était une opinion qui valait ce qu'elle valait mais qui n'était peut-être pas totalement fondée, mais toujours est-il qu'avec l'influence de l'ambassadeur de France de l'époque (Bruno Delaye, note du MO5-Togo), il pensait déjà, contrairement aux dispositions de la loi fondamentale qui nous servait de constitution, se présenter à la présidence de la République alors que la conférence nationale l'avait interdit. Et c'est la raison pour laquelle un certain nombre d'entre nous avaient refusé de se présenter à la primature. J'ai bonne souvenance que dans la salle de la conférence nationale, feu Agbobli Joachim avait présenté ma candidature à ce poste de premier ministre, mais j'ai été obligé de la décliner. Donc l'ambiance entre le premier et nous commençait à s'oblitérer. Quand M. Ayéva a fait part des données qui étaient en sa Possession, nous étions tous inquiets et l'inquiétude unit toujours. Parce que nous étions tous inquiets, nous avons reformé la solidarité du groupe autour du premier ministre. Quarante-huit heures plus tard, ce que Ayéva nous avait révélé sans trop de précision, était arrivé, c'est-à-dire l'attaque de la primature. »

Moi je me trouvais au fin fonds de Bè dans une famille que je n'avais jamais vu ni d'Adam ni d'Eve, qui m'a accueilli, me nourrissait et m'hébergeait et contrairement à mes bonnes habitudes, j'étais obligé là-bas de faire la queue tous les matins pour aller aux toilettes.

 


De là j'étais le seul des leaders politiques à garder un contact direct avec la primature avec M. Dogbatsè qui avait un téléphone satellitaire et moi aussi un autre téléphone qui permettait de communiquer de cette façon. Sur ce téléphone, je suivais de près toutes les dispositions que la communauté internationale prenait pour évacuer leurs ressortissants et les mettre à l'abri et à partir de ce téléphone je communiquais avec la primature, je répercutais les informations sur Gnininvi et les autres leaders. Alors nous avons suivi pas à pas l'évolution des choses, on nous réclamait à l'Etat-major, la liste était régulièrement déroulée sur les antennes. Nous n'y sommes jamais allés. Les choses se sont compliquées le lendemain matin, il y a eu mort d'homme dont le frère du chef de l'Etat.  Koffigoh a été amené à Lomé II, on ne sait pas exactement comment les choses se sont passées, il y a eu des décès dans les rangs de ceux qui assuraient sa sécurité et la nuit de ce 3 au 4, ma maison à Agoè Nyévé qui était toute neuve et que je me proposais d'intégrer avant Noël a été totalement saccagée, incendié et les murs et les vitres ont reçu des tirs de mitraillettes. C’était quelque chose d'effarant.

L'ambassadeur d'Allemagne de l'époque est allé là-bas photographier les dégâts ; je suis sûr que ces images d'archives doivent encore être avec eux. Voilà ce que je sais de l'attaque de la primature qui a eu comme conséquence la mise en place de la commission paritaire de suivi qui a été imposée au premier ministre et qui va réunir autour d'une table comme celle-là, les délégués du RPT et ceux de l'opposition en nombre égal pour essayer de corriger les outrances et les excès de la conférence nationale.

« Le 25 janvier 1993. C'était dans ma maison que les leaders s'étaient retrouvés puisque j'habitais tout près de la place Fréau. A l'exception de Gnininvi, tout le monde était là. Gnininvi était chez lui pour coordonner les choses avec Agbéyomé, puisqu'il avait des informations que les choses allaient mal, pendant que nous attendions Gnininvi chez moi. Nous étions là avec une bougie pour accueillir nos hôtes de marque, le ministre français de la coopération et le ministre adjoint des affaires étrangères d'Allemagne qui étaient partis en avion à Pya pour rencontrer le chef de l'Etat. Nous avions prévu pour eux, une réception populaire pour qu'ils puissent aller dire à l'extérieur ce que voulait le peuple togolais. Il y avait une foule considérable, mais le temps passait. Gnininvi n'arrivait pas je lui téléphone et il me dit que l'avion n'a pas décollé de Niamtougou, il faudrait qu'on y aille pour attendre des heures. Je reçois ensuite un coup de fil du syndicaliste Gbikpi qui me dit "Édouard, les gens commencent à s'impatienter, ils vous attendent, ils risquent de se disperser". Je lui dis de les rassurer que nous allons arriver. Par la suite je reçois encore de lui un autre coup de fil où il me dit qu'il y a des coups de feu, que les militaires sont là, que la foule court de partout etc. Il s'est mis à l'abri et j'ai informé les camarades et tout le monde a décidé de rentrer chez soi. Le bilan fut lourd en pertes de vies humaines, on a vu des femmes âgées essayant de grimper des mûrs, pour tomber dans des maisons. Les images de cette affaire existent. Le bilan matériel était encore lourd, toutes voitures qui ont ramené des délégations et qui étaient là, surtout deux doubles cabines de l'UTD, mon parti que je mettais à la disposition du COD II pour des manifestations de cette nature, ont été brûlés, sans compter la patrol de la séquestration et ma maison ».

( www.mo5-togo.com )

 

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