Le scrutin du 4 mars est-il un complot contre le peuple togolais ? Les hommes politiques se sont-ils entendus, avec la complicité d’une partie de la communauté internationale, pour offrir une comédie électorale des plus malsaines, tourner en dérision le suffrage universel et la démocratie ?
Les résultats de la présidentielle togolaise ont été proclamés hier soir par la CENI de Taffa Tabiou. Sans surprise. Faure Gnassingbé est réélu avec plus des 2/3 des suffrages. Les jours qui arrivent nous diront certainement quelle a été l’ampleur de la fraude. Mais déjà, cette présidentielle constitue la plus grande comédie électorale au Togo avec plusieurs actes depuis 1993, même l’ère du parti unique ne nous a pas donné à en voir.
La surprise dans cette élection à un seul tour, c’est l’attitude de la communauté internationale, notamment de l’Union européenne et de l’opposition togolaise.
Hier, au cours du rapport d’étape de la Mission d’Observation électorale de l’Union Européenne (MOE UE), on avait senti la gêne perceptible dans les rangs de la délégation européenne. Tout le monde en convient, le scrutin s’est déroulé dans un environnement pacifique et serein. Mais qu’est-ce qui s’est passé après, au moment du dépouillement ? La MOE UE n’a pas voulu le dire dans son rapport très politique et diplomatique où la langue de bois a pris le pas sur la vérité scientifique qui sied à une mission d’observation électorale. Les conditions de transparence du scrutin, telles que préalablement définies par l’UE dans son protocole d’aide à l’organisation de la présidentielle, ont-elles été respectées ? Le rapport de José Manuel Garcia-Margallo y Marfil, chef de la MOEUE reconnaît implicitement qu’elles n’ont pas été respectées mais dit en même temps que le non-respect de l’une des conditions, notamment à savoir l’utilisation du matériel de transmission des données, le VSAT, ne peut constituer en aucun cas un argument irréfutable jetant le discrédit sur la présidentielle.
Pendant la signature du Programme d’appui au processus électoral (PAPE), l’UE a exigé l’utilisation du VSAT recommandé par le PNUD, et le gouvernement togolais a accepté; car pour la Commission européenne, les transmissions des résultats par VSAT sont infaillibles et ne peuvent pas être susceptibles de tripatouillage. Le président de la CENI, en désaccord avec la plénière, a décidé en toute discrétion, d’utiliser le Fax. Pourquoi aujourd’hui la non-utilisation du VSAT ne constitue-telle pas un argument irréfutable qui discrédite ce scrutin ? Comment peut-on croire à la fiabilité d’un jeu, quand avant et au cours du jeu, l’une des parties fait abstraction d’une partie des règles établies ?
La MOE UE ne le dit pas. De sources proches de la Mission, certains observateurs n’étaient pas d’accord avec le contenu du rapport de l’Espagnol José Manuel Garcia-Margallo y Marfil. Beaucoup même étaient surpris par l’Espagnol, un homme à la tête blanchie, et qui donc devrait connaître par expérience les bienfaits de la démocratie en Europe et surtout en Espagne, pays qui a vécu la dictature du caudillo Franco. Il y aurait même eu une femme membre de la mission parlementaire (qui a cautionné aussi le rapport de la MOE UE), qui a carrément dit qu’elle ne voyait pas l’utilité de financer les élections et les missions d’observation si l’on ne peut pas écrire noir sur blanc ce qui s’est réellement passé.
L’UE a financé les élections à 19 millions d’euros, soit près de 13 milliards Cfa. A quoi sert-il de financer les élections si on connaît d’avance les résultats ? M. José Manuel Garcia-Margallo y Marfil n’a pas répondu à la femme qui lui a posé la question au cours de la réunion de la MOE UE, samedi matin, avant la publication du rapport préliminaire. Mais, il a répondu au cours de la conférence de presse en donnant l’exemple de son pays, l’Espagne, et son expérience personnelle de député élu dans les années 1960 à l’époque où Franco était encore au pouvoir. En clair, pour M. José Manuel Garcia-Margallo y Marfil, notre élection n’est pas transparente, et même elle a été très frauduleuse, mais elle n’est certainement pas la pire. Nous devions l’accepter et continuer le processus jusqu’à ce qu’il devienne réellement démocratique, l’Espagne et le Portugal ont connu cela, nous aussi sommes sur le même chemin. Sauf que le Togo des Gnassingbé n’est pas l’Espagne de Franco ni le Portugal de Salazar. La droite conservatrice et parfois même réactionnaire en Europe, n’est pas la Médiocratie qui règne sur le Togo depuis plus de quarante (40) années.
En conclusion, l’UE va donner sa caution à la réélection frauduleuse de Faure Gnassingbé, comme lors des législatives d’octobre 2007 où elle a, sous la houlette de Louis Michel, avalisé le scrutin, sous le prétexte qu’il faut que les Togolais vivent mieux. Quelle hypocrisie ! Quel cynisme ! Sous quels cieux les peuples vivent mieux sans un peu de liberté et de démocratie ? Sous quels cieux les peuples vivent mieux en se levant le matin sans savoir s’ils vont trouver à manger avant la fin de la journée ? Manger, un besoin basique, élémentaire. Quand les peuples se ravalent au rang de l’animal, deviennent-ils ainsi heureux ?
L’autre surprise de cette élection, c’est l’attitude de l’opposition togolaise. Le mutisme qui règne depuis jeudi soir. D’abord, à part, la sortie bruyante et tonitruante de Messan Gabriel Agbéyomé Kodjo (qui a manqué d'adhérer au FRAC) pour dire que Jean-Pierre Fabre a gagné et qu’il faut défendre cette victoire du peuple, l’opposition dans son ensemble est restée atone. Le plus surprenant reste l’attitude de Gilchrist Olympio : il donne un soutien tardif à Fabre, il reste mutique sur sa victoire, tout comme en 1998 et 2003 les autres leaders restaient silencieux également devant une victoire évidente de l’UFC. Il s’agit de sa part d’un lâchage total. Où est-il depuis jeudi soir, à Lomé ou à Accra ? La rumeur avait couru sur un deal entre M. Olympio et Faure Gnassingbé (…) . Le comportement silencieux du président national de l’UFC depuis l’approche de cette présidentielle, son arrivée tardive, les propos hasardeux tenus par lui, ne sont pas de nature à rassurer les sympathisants.
Ensuite, le FRAC qui n’a rien de fracassant. On ne peut pas dire que Dieu n’aime pas les Togolais. Cette année, la «maladie » du leader de l’UFC et le rejet de la candidature de Kofi Yamgnane avaient constitué un terreau propice pour l’union de l’opposition. Le père Gil (…) donnait à l’UFC un profil d’épouvantail. Sa médicale sortie a ouvert large la voie vers l’UNION. Le rejet de Kofi Yamgnane était une chance inespérée. Ce dernier, qu’on dit pas du tout populaire, mais avec le profil du candidat unique idéal, a une stature tellement imposante qu’on voyait mal comment lui qui avait demandé et sollicitait l’alignement des autres, aurait pu accepter de se rallier à la candidature de Fabre. Yamgnane allié de Fabre, ensuite de Péré, de Gogué et Tchéssa, constituent le plus bel attelage qu’on puisse imaginer. L’alliance enfin entre le Nord et le Sud qui enlève à l’UFC la stature d’un parti familio-clanique et en fait un vrai parti de destin national. Bel attelage mais gestation tardive et qui explique que tout le discours de précampagne de Kofi Yamgnane, tout le bataclan fait autour des intentions du FRAC, ne furent que la rhétorique d’avant un insipide match. On n’ose pas dire que le FRAC (…) faisait la «fine bouche», selon l’expression d’un membre de l’UFC. Une tout petite marche du FRAC vers la résidence de l’Ambassadeur des Etats-Unis (pourquoi faire?) et une altercation avec la brigade anti-émeute ont conduit à la blessure à la jambe de Dahuku Péré. Péré blessé déjà alors que le combat n’a pas encore commencé, quelle malchance ! Le symbole de ce manque de volonté, d’absence de pugnacité était visible chez Fabre, le soir du vendredi 5 mars, au siège de l’UFC. La voix du président élu qui s’autoproclamait était labile, étale, un manque d’assurance évident, à croire que Kofi Yamgnane présent à ses cotés, le poussait à faire cette déclaration. Est-ce le Père Gil qui lui demandait de garder le silence ou tout simplement son manque d’éloquence et de présence physique naturelle ? Aux dernières nouvelles, le FRAC a décidé d’épuiser toutes les voix de recours, devant notre fameuse Cour Constitutionnelle qui, selon Kofi Yamgnane lui-même, reçoit des ordres de l’Etat-major et de Pascal Bodjona. Le FRAC et ses frasques !
Enfin, l’attitude du reste de l’opposition. Me Yawovi Agboyibo, ancien Premier Ministre, qui réclamait la candidature unique, a eu la plus grande humiliation de sa vie: 2,2%. Il y a certains qui ne savent pas lire dans le vent de l’histoire, quand la roue tourne. Yawovi Agboyibo n’a pas compris que depuis que lui et Edem Kodjo avaient (…) compromis l’alternance en 1994, il était temps qu’il passât véritablement la main. Il a persisté dans son aveuglement et en a eu pour son compte. En restant aphasique comme un marbre depuis jeudi soir, Agboyibo continue de plomber le peuple (…). Il aurait pu se racheter en déclarant aussi que c’est Jean-Pierre Fabre qui est le véritable gagnant de la présidentielle. Il ne l’a pas fait en 1998, il ne le fera pas en 2010 !
Reste l’attitude de la CDPA du prof. Léopold Gnininvi, le parti naguère d’avant-garde. Les sociaux-démocrates togolais sont restés sur leur simple déclaration qui ne soutient pas Fabre. Vont-ils s’en ternir à cette seule sortie? La gauche togolaise est-elle encore l’espoir des intellectuels togolais ? Elle semble avoir adopté une attitude (…) comme celle de la gauche de la France de la IVème République. Le plus pathétique dans cette histoire est l’envoi au front de Mme Brigitte Adjamagbo-Johnson, l’espoir du parti. Décidément, (…) la CDPA également reste troublée par l’époque, elle est marquée par l’hésitation, par la tournure des événements, par un régime tout simplement plus redoutable.
Enfin ! Si le FRAC n’arrive pas à récupérer la victoire du peuple en cette année, on pourra reléguer l’avènement de la démocratie au Togo aux calendes grecques. On a vu ici le sabotage du suffrage universel, et il sera désormais difficile de convaincre les gens d’aller voter. Déjà, avec ce scrutin, l’abstention est quelque peu élevée vu l’enjeu.
Le Togo est-il en train de faire l’expérience mexicaine où on a connu l’alternance qu’à 70 ans de règne du Parti révolutionnaire institutionnel ou tout simplement connaître le sort de Haïti, la première République noire, devenue la lie des pays noirs ? Que Dieu ait pitié de nous !
Liké Sindiwe Macaulay
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Commentaires
le type le c'est un faux. Obasundjo a soutenu Faure Gnassingbe en 2005. Citer
Dans toutes les CELI il y avait des représentants de tous les partis de l’opposition.
Tous les représentants de l’UFC ont signé les PV des CELI
Le code électoral, demandé par l’opposition, impose que les résultats des CELI soient publics , donc qu’ils puissent être lu dans la presse.
Tous les responsables de l’UFC des CELI et de la CENI ont avalisé les résultats
La CENI, LA CEDEAO, l’UE, l’UA, l’UEMOA, ont tous avalisée l’élection.
Et Monsieur Fabre, qui s’était autoproclamé vainqueur avant le dépouillement, voudrait maintenant nous faire croire des conneries.
Indigne. Citer
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